Jean André Manescau (Pau, 1791- mars 1875)


Maître de Poste, Maire de Pau, féru de botanique, Manescau est le descendant d’une longue lignée de maréchaux-ferrants (manescau en béarnais) établis à Pau. Son grand-père Antoine et le frère de ce dernier obtiennent la nomination de maître de poste lors de la création de la Poste aux chevaux, à Pau, en 1769. D’abord exclusivement consacrée au transport du courrier, elle s’ouvre au transport des voyageurs à partir de 1775. Après de longues négociations, les Manescau parviennent à s’installer à l’entrée de la ville, à la jonction des routes de Bordeaux et de Bayonne, qui deviendra la place Gramont, carrefour stratégique pour la desserte des lignes vers Bayonne, Bordeaux, Paris et Toulouse ainsi que vers les vallées et stations thermales pyrénéennes.

 

André Manescau, après avoir effectué des études de droit et s’être fait inscrire au tableau de l’ordre des avocats de Pau en 1812, prend la succession de son père, Jean, qui décède en 1834.

Dans ses Souvenirs de voyages publiés en 1831, Désiré Nisard (1806-1888) journaliste, qui l’avait connu lors d’un séjour à Pau, le dépeint de la façon suivante :

“Il y a dans Pau tel maître de poste qui, tout en gouvernant des chevaux et des postillons, sait plus de bibliographies que certains bibliographes vivant aux académies, et, ce qui est plus rare, qui a autant d’esprit que de littérature, d’intelligence que de vrai savoir ; homme d’un accueil charmant, qui honore sa ville par la manière dont il en fait les honneurs”.

Portrait d'André Manescau

On retrouve un portrait aussi flatteur dans L’itinéraire de Pau aux Eaux-Bonnes et Eaux-Chaudes d'Adolphe Moreau, édité chez Vignancour à Pau en 1844 :

“Vous serez enchanté de faire la connaissance d’un des hommes les plus distingués du pays. Grand amateur de littérature, de sciences, d’arts, qu’il cultive avec succès, il a composé avec un goût, un discernement parfait, une des bibliothèques les mieux choisies, les plus complètes, les plus riches en documents historiques sur le pays que puisse posséder un particulier”.

En effet, cet homme cultivé éprouve une passion particulière pour les livres. Sa bibliothèque compte déjà 5 000 volumes en 1839 et s’enrichit au fil du temps d’acquisitions et de dons avec une prédilection pour les ouvrages ayant trait à Henri IV, au Béarn et aux Pyrénées, dans les éditions les plus luxueuses et les plus recherchées.

Mr Manescau, maire de Pau, par Eugène Devéria.
Musée national du château de Pau

 

Distingué, affable, sage, droit et loyal, estimé des Palois, il est élu conseiller municipal à partir de 1830, puis maire en 1843, jusqu’à la fin de la monarchie de juillet en 1848, député à l’Assemblée législative en 1849 (dissoute en 1851 lors du coup d’état de Louis-Napoléon Bonaparte), et pendant longtemps conseiller général. A côté de ses devoirs d’élu et de maître de poste, de sa passion de bibliographe, il est grand propriétaire terrien, avec de vastes prairies pour la fourniture du fourrage nécessaire aux chevaux, des champs fertilisés par l’épandage du fumier. Il s’intéresse vivement à l’agriculture et à la botanique, et sa bibliothèque compte de nombreux ouvrages traitant de ces sujets qu’il aborde lui-même, par des communications dans des publications agricoles. Attiré par la montagne et sa flore, il possède les travaux publiés par Lapeyrouse, Jean Bergeret, Ramond de Carbonnières, la Flore française de Lamarck et De Candolle et le Botanicon Gallicum de Duby (1830).

 

Erodium manescavi

Erodium manescavi, aquarelle de Céleste Houbigant.

Deux extraits de lettres issues de la correspondance adressée à Pierrine Gaston-Sacaze éclairent les rapports d’André Manescau avec la flore pyrénéenne et les botanistes qu’elle captive. Ainsi cette lettre de Léon Dufour postée à Saint-Sever (Landes) le 14 août 1841 :  

“En passant à Pau et avant de monter en diligence j’ai parcouru rapidement chez M. Manescau avec qui j’ai causé de vous, quelques paquets de plantes admirablement préparées par M. Labarrère. J’y vis un Erodium romanum sur lequel j’appelle votre attention. C’est je crois la véritable espèce linnéenne caractérisée par les grandes corolles et ses hampes radicales, mais ce n’est point l’espèce mentionnée sous ce nom par De Candolle et la plupart des botanistes qui ont pris pour telle une variété méridionale du Cicutarium. J’ai transmis ces observations avec quelques détails à M. Manescau en lui envoyant une douzaine de plantes de nos Landes”…  “Vous m’obligerez essentiellement lorsque vous rencontrerez votre bel Erodium romanum de m’en réserver trois ou quatre échantillons dont un au moins avec la racine que l’on dit assez grosse. Cette plante, toutes réflexions faites, est peut-être nouvelle”.

Le statut du bel Erodium évoqué ci-dessus, dont les premiers échantillons auraient été recueillis par Sacaze sur la Montagne du Rey en 1838, va être fixé par un jeune et éminent floriste, élève d’Achille Richard, Adolphe Brongniart et Adrien de Jussieu, qui dispensent leurs cours au Muséum d’histoire naturelle de Paris, Ernest Cosson (1819-1889. La nouvelle espèce est publiée dans ses “Notes sur quelques espèces nouvelles ou critiques”, Annales de Sciences Naturelles, Botanique en 1847 ; elle est naturellement dédiée à Manescau qui l’avait fait connaître à la communauté scientifique, sous le nom d’Erodium manescavi Cosson, ce dernier ignorant sans doute l’antériorité de la découverte par Sacaze.


André Manescau, veuf dès 1832 et père de quatre enfants, s’éteindra en mars 1875, après avoir vendu sa remarquable collection de livres et d’ouvrages d’art au château de Pau en 1868, transférée ensuite à la Bibliothèque municipale de cette ville.

 

Pour en savoir plus
* « Les botanistes de la Flore pyrénéenne », Revue-dossier Les feuilles du Pin à crochets n° 9, Pau, février 2010
* Marcelle Bouyssi, André Manescau, Maître de poste et bibliophile palois, Bull. Soc. Sc. Lett. Arts Pau, 1956, 3e série XVII 57-68