Edouard Paris


Nous ne savons presque rien de cet artiste, domicilié 50 rue du Faubourg Poissonnière à Paris, qui fit connaître son travail de paysagiste à travers le Salon (1833, 1836, 1839) et l’édition lithographique de ses vues pyrénéennes.

Paris, Port de Venasque Habile dessinateur, travaillant souvent à la mine de plomb, avec rehauts de gouache blanche sur papier bistre, il séjourne dans les Pyrénées, rayonnant à partir de centres comme Bagnères-de-Luchon ou Bagnères-de-Bigorre. Deux gros recueils de dessins originaux que l’on a vu circuler dans les années 1990 ont permis de dater ses divers séjours en nos montagnes : octobre 1834, septembre-octobre 1839, août 1843, octobre 1846, septembre-octobre 1851, septembre 1853 le voient dessiner autour de Bagnères-de-Bigorre où il fréquente la famille Jalon* ; en 1834, 1851, 1853 ,1855, septembre 1858, juillet-août 1859, il œuvre dans le Luchonnais et vers Vénasque en Espagne.
Paris, Thermes de Barèges Il affiche une maîtrise notable dans la représentation des cascades du Luchonnais, dans les panoramas comme celui de Superbagnères, dans les vues d’établissements de bain ou d’églises typiques, celle de Baudéan par exemple. Il aime croquer, sur de petits feuillets à part, les autochtones et les Aragonais aux tenues et montures pittoresques. Il rehausse avec brio de touches aquarellées ses silhouettes. Il les intègre parfois dans ses paysages lorsqu’il les destine à la diffusion lithographique. Il publie à partir de 1841 un recueil, Le Touriste pyrénéen, comprenant une cinquantaine de planches (Paris, Gihaut), ainsi que des recueils au contenu variable, portant le titre générique de Souvenirs des Pyrénées.

 

J. Jacottet, Pic du Midi de Pau, tome 2, page 442/179 Il lui arrive de prêter ses dessins à d’autres, c’est ainsi que Jacottet lui emprunte son Pic du Midi d’Ossau, pour une planche de l’album Souvenirs des Pyrénées. Nouvelle excursion (1841) qu’Houbigant a choisi afin d’illustrer la fière double Cime du Pic du Midi d’Ossau. Grâce à une annotation conséquente de l’auteur du manuscrit à même la planche, nous apprenons que « Cette vue du Pic du Midi par Mr Ed. Paris, faite d’après un dessin photographique, passe pour être d’une rigoureuse exactitude ». Une telle remarque est très révélatrice de deux choses : d’une part l’utilisation de l’expression « dessin photographique », significative de la terminologie spécifique aux débuts de cette nouvelle pratique, correspondant au photogenic drawing de la langue anglaise, et d’autre part des liens de la photographie avec les techniques traditionnelles. Ainsi, nous pouvons apprécier à quel point l’image argentique va pouvoir, bien souvent, se substituer à la prise de notes (croquis au crayons ou aquarellés) in situ, ou servir d’expédient en cas d’obstacle. Ainsi, Jacottet a-t-il dû être confronté, tout comme Eugène Viollet-le-Duc en 1833, au mauvais temps et au brouillard qui décapitent sans états d’âme les sommets prestigieux des Pyrénées. C’est sans doute pourquoi il a fait appel à Edouard Paris pour pallier le manque. Or, ce dernier, soit ne s’est pas déplacé, soit a été confronté au même problème, ce qui justifierait le recours à la photo mentionné par Houbigant, en l’occurrence un daguerréotype, car la photographie sur papier (calotype) n’avait en 1840-41 pas encore fait ses preuves entre les mains d’un public élargi d’amateur…

 

Belle Annette
On sait notamment que les Parisiens Adolphe Moreau et le général Jacqueminot, présents sur les Eaux-Bonnes en 1839 et 1840, s’exercent à la daguerréotypie. Moreau prend notamment le portrait de la belle Annette, baigneuse à la station, (dont témoigne une interprétation gravée dans la revue L’album pyrénéen de juin 1840) ; il a pu s’exercer au paysage, et c’est probablement sur ses dires qu’Houbigant a ajouté sa remarque. Paris, Eaux-Bonnes, tome 1, aoge 133regard/211 D’autres vues de la production personnelle de Paris, et réalisées sur le motif, voisinent avec cette collaboration, comme les Eaux-Bonnes dominées par l’impressionnant pic du Ger : Eaux-Bonnes (Basses Pyrénées), « de la route d’Aas » a rajouté de sa plume Houbigant à même la légende. Deux peintures à l’huile fort bien enlevées sont conservées au Musée du Pays de Luchon : Vue générale de Luchon, Pont de Péréquine sur la Pique.

 

Hélène Saule-Sorbé, Professeur des Universités en Arts plastiques
Université Michel de Montaigne – Bordeaux 3

 

Pour en savoir plus
* Marguerite Gaston, Images romantiques des Pyrénées, Les Amis du Musée Pyrénéen, Pau, 1975.
* Hélène Saule-Sorbé, Pyrénées, Voyage par les images, Ed. de Faucompret, Serres-Castet, 1993.
* Fonds
: Musée du Pays de Luchon