Pierrine Gaston-Sacaze

 

Portrait de Gaston-Sacaze, par Heilmann
Pierre dit Pierrine Gaston-Sacaze (Béost, 20 mai 1797, 18 février 1893), célèbre berger-botaniste d’Ossau, vénéré en son temps, est né au hameau de Bagès à Béost. Il appartient à une prospère famille paysanne de la vallée d’Ossau, dont le nom a varié au fil du temps, Sacaze de Gaston, simplifié en Sacaze Gaston à la Révolution. Lui-même a signé son herbier et ses œuvres de manière variable : Gastou (prononciation gasconne de Gaston), Gastou Sacaze, P. Gastou Sacaze, PG Sacaze, si bien que son prénom est parfois ignoré ou confondu avec Gaston. Son nom a parfois été réduit à Sacaze. Enfant, il fréquente en l’hiver l’école de Béost et le reste de l’année apprend le métier d’éleveur, sur les pâturages d’été du col d’Aubisque. Curieux et épris de culture vernaculaire, il devient un excellent naturaliste autodidacte, botaniste et géologue en particulier. Musicien depuis son jeune âge, il joue de la flûte, du violon et du luth, compose et écrit ses textes en gascon. Il s’intéresse à la médecine, la physique, la chimie, l’astronomie, la météorologie, la géologie, l’entomologie, l’ornithologie. Portrait de Gaston-Sacaze, par Devéria
Il approche d’abord les plantes par le dessin et la peinture, fabriquant ses couleurs à partir d’extraits végétaux. Des témoignages indiquent qu’il dessina un grand nombre de plantes, mais ces dessins ont disparu. Il s’intéresse ensuite aux plantes pour leurs usages vétérinaires et médicinaux, mais il ne connaît pas la classification. Le curé de Béost lui offre alors les Éléments de botanique de Tournefort, puis il se procure le Systema naturae de Linné. Pour étudier ces ouvrages, il apprend le latin, et même le grec, aidé par son frère, curé à Aste-Béon. A partir de 1832, il découvre les écrits de Lapeyrouse, Ramond, Dufour, Lamarck, Candolle… En 1836 son herbier compte déjà plus de 1500 échantillons pour en atteindre plus de 3000, y compris les mousses et lichens, en 1851. Gaston-Sacaze évalue alors la flore d’Ossau à 1500 plantes. Il conduit des excursions botaniques pour les curistes des Eaux-Bonnes et des Eaux-Chaudes à la demande du pharmacien de Laruns. Il approvisionne le docteur Boutemotte en plantes médicinales et le seconde parfois dans son activité. Il correspond avec de nombreux naturalistes et botanistes : Philippe, Manescau, Bentham, Loret, Dufour, Bernard, Cosson, Adrien de Jussieu… Il guide dans la montagne Manescau, Grenier, Bentham, Spruce, Cosson, le duc de Montpensier, fils du roi Louis-Philippe. C’est ainsi qu’Houbigant, ravi de sa première rencontre avec lui le 4 août 1841, pour lui rendre hommage et diffuser son aura, commandera son portrait (dessin et aquarelle) au peintre Eugène Devéria en 1842, portraitiste virtuose s’il en est. Houbigant le fera reproduire en lithographie et tirer à 100 exemplaires : « En offrant ici aux amateurs des Sciences Naturelles le portrait de cet homme intéressant et distingué qui m’a honoré de son amitié, je suis heureux de lui donner cette preuve de mes sentiments affectueux et de mon dévouement » écrit-il le 24 décembre 1842. Un dessin de la main d’Houbigant représente la ferme de la famille Sacaze, des aquarelles de sa femme, et tous les échantillons de plantes herborisées aux environs du hameau de Bagès.
Herbier de Gaston-Sacaze, 1850 Herbier de Gaston-Sacaze, 1850
Planches extraites de "Souvenirs des Eaux-Bonnes, 1850" : herbier contenant 250 plantes disposées d'après le système de Linné, fait le 24 juin 1850 par Pierrine Gaston Sacaze, pasteur de la Vallée d'Ossau. Médiathèque intercommunale Pau-Pyrénées
Le 14 juillet 1836, le pharmacien de Laruns, Bernard Cazaux, lui envoie Charles Grenier, qu‘il reçoit dans sa cabane des pâturages d’Aubisque. Grenier a relaté cette rencontre, déterminante pour Sacaze, dans une communication à la Société linnéenne de Bordeaux en 1837 : « je ne tardais pas à m’apercevoir qu’il avait une connaissance complète de la végétation des montagnes environnantes, et en outre qu’il avait fait une étude très exacte des caractères des genres (…) Il conservait toujours avec lui un synopsis qu’il avait lui-même extrait de la Flore de Lapeyrouse. ». Après cette première rencontre, Grenier et Sacaze vont correspondre et échanger des plantes. Grenier sera à l’origine de la réputation de Sacaze auprès des grands botanistes de ce temps. Sa notoriété va devenir telle qu’il devra délaisser en partie les travaux de la ferme où ses frères vont le suppléer.

 

Tome 1, page 403/128 Tome 2, page 353/67 Tome 1, page 244/361 Découvreur du Lithospermum gastonii, le Grémil de Gaston, que Bentham lui dédie, il a vraisemblablement été le premier à repérer le Thalictrum à gros fruits (Thalictrum macrocarpum Grenier), l’Erodium de Manescau (Erodium manescavii Cosson) ou encore l’Iberis de Bernard (Iberis bernardiana Godron & Grenier). On lui doit la découverte de nouvelles stations d’Aster des Pyrénées.

 

Membre correspondant de la Société Ramond, de la Société des sciences, lettres et arts de Pau et de nombreuses sociétés savantes locales, régionales ou nationales, il reçoit en 1852 la médaille d’or de la Société linnéenne de Bordeaux, dont le président Charles des Moulins prononce alors un vibrant discours en hommage au Berger des Eaux-Bonnes. Sacaze fait l’objet d’une admiration considérable de la part de ses contemporains. Il a publié plusieurs récits d’excursions, dont un Catalogue des plantes qui végètent sur le pic du Midi d’Ossau (1840), il est l’un des premiers à avoir herborisé sur le pic d’Ossau, dont il a diffusé un croquis d’ascension, et des Observations sur la distribution des plantes à la surface de la vallée d’Ossau (1843). Dans cette dernière publication, il s’intéresse aux causes de l’étagement de la végétation, note ses observations sur les dates de floraison, et donne des listes floristiques par zones altitudinales, qu’il caractérise par les espèces ligneuses dominantes. Croquis d'ascension de Sacaze

 

En 1875, il a 78 ans, il vend ses collections naturalistes, dont son herbier, des manuscrits, des correspondances et des ouvrages, à la ville des Eaux-Bonnes qui constitue un petit musée d’histoire naturelle. Ce musée sera ouvert jusqu’en 1914. Les collections qui avaient déjà connu quelques pillages seront alors dispersées. L’herbier connaîtra ainsi quelques vicissitudes mais restera aux Eaux-Bonnes. Il sera en partie préservé grâce au docteur Henri Meunier, qui le restaurera en 1936. Par la suite, sur 12 volumes, 3 vont disparaître. Deux d’entre eux seront retrouvés à Pau par le docteur Jean Verdenal, petit-fils du docteur Meunier. Jean Verdenal est à l’origine du dépôt de l’herbier par la ville des Eaux-Bonnes au Conservatoire botanique à Bagnères-de-Bigorre. L’herbier Gaston-Sacaze a ainsi rejoint les collections prestigieuses de la Société Ramond tandis qu’à Béost, l’Association Pierrine Gaston-Sacaze perpétue la mémoire et la tradition ouvertes par le berger-botaniste d’Ossau, considéré comme l’une des grandes figures du pyrénéisme.


Il existe d’autres herbiers confectionnés par Gaston-Sacaze pour certains de ses correspondants, comme Dufour, ou pour être vendus. Le Musée pyrénéen de Lourdes et la Médiathèque intercommunale Pau-Pyrénées conservent de tels herbiers. Gaston-Sacaze a également laissé des manuscrits inédits, dont un Catalogue des plantes de la vallée et des monts d’Ossau (1848).

 

Hélène Saule-Sorbé, Professeur des Universités en Arts plastiques
Université Michel de Montaigne – Bordeaux 3

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Traducido por Maéva Rose, Universidad de Pau, 2017

 

Pour en savoir plus
* Grenier C., 1837. « Souvenirs botaniques des environs des Eaux-Bonnes », Bull. Soc. Linn. Bordeaux
* Flore ossaloise et ascension au pic du Midi d’Ossau, album pyrénéen, Pau 1840
* Observations sur la distribution des plantes à la surface de la vallée d’Ossau (1843) Bull. Soc. Sc. Let. Arts Pau
* Antonin Nicol, Pierrine Gaston-Sacaze, Berger phénomène (1989)
* Gérard Largier, notice Pierrine Gaston-Sacaze, in « Les botanistes de la Flore pyrénéenne », Revue-dossier Les feuilles du Pin à crochets n° 9, Pau, février 2010, p. 119. Le contenu de la notice ci-dessus provient pour l’essentiel du texte de G. Largier.