Journal d'un voyage de Paris aux Eaux-Bonnes

En allant par Orléans, Tours, Poitiers, Bordeaux et Pau ;
revenant par Pau, Tarbes, Périgueux, Limoges et Chateauroux
fait en 1841 par Monsieur et Madame Houbigant et Mademoiselle Louise Leullier.

 

 

 

Toutes les contributions à cette exposition sont traduites en espagnol : retrouvez les textes en fin d'articles
ou visualisez l'ensemble des articles en espagnol ICI
Todas las contribuciones de esta exposición se han traducido al español: encuentre los textos al final de los artículos en francés
o visualice la totalidad de los artículos en español AQUÍ

 

Le guide de montagne

 

A côté d’un Gaston-Sacaze, sans cesse sollicité par les voyageurs, le manuscrit témoigne encore de la relation très particulière qui se noue entre le voyageur et son guide. Celui-ci est encore, à cette époque, un paysan de la vallée qui se loue ponctuellement à la saison, pour ouvrir le chemin et porter le paquetage. En effet, quel que soit le type de marche, simple excursion d'un ou plusieurs jours ou véritable équipée sportive assortie d'ascensions, le guide montre, ouvre le chemin, marchant souvent en avant. Il soutient si nécessaire les voyageurs défaillants dans les montées, soulage leur descente. Sur les escarpements, il se substitue à eux pour aller cueillir une plante inaccessible ; il porte encore sacs, vêtements de froid ou de pluie, matériel de chasse ou d’herborisation et les provisions qu'il est traditionnellement chargé de procurer moyennant une somme entendue avec son employeur.

Au-delà de la connaissance des lieux et parcours, tout guide de montagne doit toutefois pouvoir renseigner son employeur en matière de climatologie, géologie… La longueur des étapes laisse encore place à d'autres éléments agrémentant la randonnée et plus proches de l'acquis des autochtones. C'est ainsi que contes, légendes, chants et musique sont particulièrement appréciés.

Jean EsterlesLe cas de Jean Esterles se révèle très instructif. Cousin d'un autre Esterles qui est, avec Lanusse, le guide le plus renommé des Eaux-Bonnes et donc très difficile à obtenir, Jean est proposé à Houbigant comme solution de rechange. Il apparaît ainsi à plusieurs reprises dans le récit, d'une façon qui tiendrait lieu de la recommandation à d'autres employeurs, si ce récit n'était resté manuscrit.

Esterles devance les désirs de son employeur. En dehors des excursions, il stimule sa curiosité en venant lui présenter instruments de musique et chansons, notamment l’une de ses compositions faite sur Adolphe Moreau. Esterles fait de même avec les autres riches touristes. À son tour, Lady Chatterton, l’auteur de The Pyrenees with excursions into Spain (1), a recours à ses services vers 1841. Or, en dehors de tout plagiat, mot pour mot, elle relate la même scène (2).Tambourin, tome 1, page 181/284

Esterles produit systématiquement un numéro de guide pittoresque. Mieux qu'une lithographie, un livre, il est le pratique et divertissant condensé de culture ossaloise : chanteur, auteur, musicien (tambourin/flûte à trois trous)… Pierrine Gaston-Sacaze fait de même avec ses compositions ou avec des transcriptions de chansons de tradition orale, les distribuant à ses amis. Même s’il a une autre envergure qu’Esterles, il est toutefois comme lui un médiateur de la culture locale, l'appât du gain étant vraisemblablement remplacé par la soif d’échange et de circulation du savoir, peut-être une forme intellectuelle du pittoresque.

 

Esterles ou Scapin : des valets de comédie

De nombreux guides-manuels signalent une tendance à l'excès des guides, que ces derniers pèchent par apathie ou au contraire par excès de zèle. Véritables personnages picaresques, la démesure s'exprime souvent à propos de la nourriture, Samazeuilh soulignant que l’appétit de son guide se renouvelle plus souvent que l'admiration (3) !

De retour d'excursion, Houbigant invite Esterles à sa table, à la pension Incamps, en consolation d'un gros morceau de jambon offert à des douaniers et que le guide comptait ramener à sa famille. Alors que le repas s'achève, il finit malgré tout – en plus du repas – par rafler l’ensemble des reliefs. Comme le constate Houbigant « Sancho n'aurait pas mieux fait avec son Chevalier errant » (4)! En tout état de cause, ces détails n'émoussent pas l'estime que Houbigant porte à Esterles, estime souvent formulée dans son Journal. Il prend en quelque sorte son parti de ces voleries. On ne marchande pas avec un domestique et Houbigant sait, sans pour autant faire preuve de sentimentalisme, que les reliefs des repas iront améliorer l'ordinaire de la famille. Sa largesse n'est d'ailleurs pas mal placée. En effet, si les Esterles, passageguides ont des réputations, les voyageurs en ont également. Les guides donneront ainsi plus facilement la préférence à leurs demandes d'engagements comme en témoigne Houbigant.

Par ailleurs, dans cette économie touristique, une forte concurrence s’exerce entre Ossalois. Le guide ne fait aucune concession au patron de la pension Incamps arguant que celui-ci vole assez notre voyageur et Esterles est maître en la matière ! Il procède à une sorte de préemption sur « son » client. Dans un tel contexte, le guide tout en « volant » son employeur, le prémunit contre les autres prédateurs locaux, c'est à dire tous ceux qui vivent du tourisme. Le guide Lanusse, MIDR Guide des Eaux-Bonnes, MIDR Esterles et Lanusse, MIDR

 

Leer el artículo en español
Traducido por Maéva Rose, Universidad de Pau, 2017

 

Jean-Jacques Castéret
InÒc–Aquitaine / Laboratoire ITEM de l’UPPA

(1) Lady Chatterton, The Pyrenees with erxcursions into Spain, 2 vol., London, Saunders and Otley, 1843, 383 et 401 p.
(2) Idem, vol 2, p. 187-188.
(3) Jean-François Samazeuilh, Souvenirs des Pyrénées, Agen, Noubel, 1827, 2 vol., 273-311 p. Cf. Nicol, op. cit., p. 33.
(4)  Idem, p. 458.

Découvrez le voyage de Houbigant, genre très en vogue à l'époque. Ses rencontres, ses balades, ses découvertes botaniques sont l'occasion de se familiariser avec les coutumes et traditions de la population locale.

LE
SEJOUR

Plongez vous dans la richesse artistique du journal, par le biais des rencontres avec les peintres, graveurs et lithographes de l'époque, mais aussi avec les productions personnelles de Houbigant et de sa femme.

LES
IMAGES

Feuilletez les deux volumes de ce manuscrit unique et original, composés chacun d'environ 300 pages illustrées par une farandole de dessins, croquis, lithographies, photographies, estampes.
Bonne lecture !

LE
MANUSCRIT

 

Leer en español
Traducido por Maéva Rose, Universidad de Pau, 2017

midr_houbig_2 _268_01.jpg

Armand-Gustave Houbigant

est né à Paris le 29 janvier 1790. Il est le fils de Jean-François Houbigant (1752-1807), célèbre parfumeur de Grasse venu s’installer à Paris en 1775 pour vendre des gants, des parfums et des corbeilles de mariage. Depuis sa boutique du Faubourg Saint-Honoré, « A la corbeille de fleurs », il fut tour à tour le fournisseur de Madame du Barry alors favorite de Louis XV, Marie-Antoinette, Napoléon 1er. Cette maison – qui existe toujours – continuera à approvisionner les grands du monde, comme la Reine Victoria et plus tard l’épouse d’Alexandre III de Russie jusqu’à la veille de 1917… Son fils Armand-Gustave, a donc grandi dans un milieu raffiné et familier de l’art.

Lire la suite